L’expérience de mort imminente (EMI, ou near death experience en anglais) est une expression désignant un ensemble de visions et de sensations consécutives à une mort clinique ou un coma avancé.
Bref historique :
Proclus, philosophe du Vème siècle ap. JC, rapporte la vision de Cléonyme qui raconte que son âme, dégagée de son corps, s’est élevée au point d’avoir une vision du monde en dessous d’elle :
« Cléonyme d’Athènes, … navré de douleur à la mort d’un de ses amis, perdit cœur, s’évanouit. Ayant été cru mort, il fut, le troisième jour, exposé selon la coutume. Or, comme sa mère l’embrassait…, elle perçut un léger souffle. Cléonyme reprend peu à peu ses sens, se réveille et raconte tout ce qu’il avait vu et entendu après qu’il avait été hors du corps. Il lui avait paru que son âme, au moment de la mort, s’était dégagée, comme de certains liens, du corps gisant à côté d’elle, s’était élevée vers les hauteurs et, ainsi élevée au-dessus du sol, avait vu sur la terre des lieux infiniment variés quant à l’aspect et aux couleurs, et des courants fluviaux invisibles aux humains. Elle était parvenue enfin à un certain espace consacré à Hestia [Vesta des Romains : divinité gardienne du foyer], que fréquentaient des Puissances démoniques sous la forme de femmes d’une beauté indescriptible… »
– Proclus, Commentaire sur La République de Platon, XVIe dissertation, 114, trad. A.-J. Festugière, Vrin, Vrin, 1970, t. III, p. 58-59
Grégoire de Tours, historien du VIème siècle, rapporte le témoignage de Salvi, qui après avoir été cru mort, se réveilla en s’écriant :
« Ô seigneur miséricordieux, qu’as-tu fait de moi pour me permettre de revenir dans ce lieu ténébreux qui sert d’habitation au monde alors que ta miséricorde dans le ciel était pour moi préférable à la vie détestable de ce monde ?
(…) Lorsqu’il y a quatre jours vous m’avez vu inanimé dans la cellule qui tremblait, j’étais appréhendé par deux anges et transporté dans les hauteurs des cieux en sorte que je m’imaginais avoir sous les pieds non seulement ce monde du siècle hideux, mais encore le ciel, la lune, les nuages et les étoiles. Ensuite par une porte plus brillante que cette lumière je fus introduit dans une demeure dont le pavé était brillant comme l’or et l’argent, la lumière ineffable, l’ampleur indescriptible. Une multitude des deux sexes la couvrait en sorte qu’on ne pouvait absolument pas se rendre compte de la profondeur ni du front de cette foule…Et j’entendis une voix qui disait « Que cet homme retourne dans le siècle parce qu’il est nécessaire à nos églises » On entendait seulement la voix car celui qui parlait, il était absolument impossible de le discerner. (…) Après avoir prononcé ces paroles à la stupeur de ceux qui étaient présents, le saint de Dieu recommença à parler avec des larmes dans les yeux : « Malheur à moi parce que j’ai osé révéler un tel mystère… »
— Grégoire de Tours, Histoire des Francs, Livre VII, Chapitre I
L’expression de « mort imminente » a été proposée par le psychologue et épistémologue français Victor Egger en 1896 dans Le Roi des Mourants, à la suite de débats menés à la fin du XXème siècle entre philosophes et psychologues, relatifs aux récits d’alpinistes de la vision complète de leur existence lors de chutes.
Ce phénomène a été popularisé dans le deuxième moitié du XXème siècle par les travaux du psychiatre Raymond Moody (1975).
Les témoignages sont légion, et tendent à être encore plus nombreux depuis que la science s’intéresse sérieusement à cette expérience.
En effet, ce phénomène est reconnu par la science, qui a pu prouver que la conscience continuait à habiter le corps quelques instant après la mort clinique. En 2012, l’on pensait encore que le cerveau s’arrêtait quelques dizaines de secondes après le cœur (15 secondes pour être précis). Mais les hypothèses sur ce laps de temps ont évolué, notamment grâce à la plus grande étude sur le sujet : l’étude AWARE. Menée par le docteur Sam Parnia, directeur du Human Consciousness Project à l’Université de Southampton (Angleterre), elle a réuni 2060 patients pendant 4 années. Les résultats sont sans appel : l’activité consciente du cerveau humain est effective environ 3 minutes après l’arrêt cardiaque.
Ce phénomène a amené les experts à se questionner sur la redéfinition de la mort elle-même. En 2013, Steven Laureys, patron du Coma Science Group, collectif de l’Université de Liège (Belgique), une pointure mondiale dans le monde des neurosciences, déclara dans la revue spécialisée La Recherche qu’il était nécessaire de la définir autrement. Selon lui, il ne faut plus la considérer comme « un événement ponctuel » mais comme « un processus qui se produit en plusieurs étapes ».
Quels sont les symptômes d’une EMI ?
Selon les multiples études réalisées, les sensations les plus courantes au cours d’une expérience de mort imminente sont :
- perception anormale du temps
- vitesse de pensée exceptionnelle
- sens exceptionnellement vifs
- sentiment d’être séparé de son corps (expérience de hors-corps)
- aspiration de l’âme
- perception des chants des anges
- voir sa vie défiler devant soi
- se trouver dans un tunnel avant d’atteindre une lumière vive
- sentiment d’amour infini
- sentiment subjectif d’être mort
- entrée dans une région sombre
- voir ou être enveloppé dans la lumière
- rencontrer des esprits.
Il existe une échelle pour qualifier les différents témoignages, appelée échelle de Greyson. Cette version révisée de l’indice WCEI se base sur un questionnaire construit de façon à obtenir un résultat chiffré pour quantifier les expériences de mort imminente. Ce questionnaire est réparti en quatre catégories : cognitive, affective, paranormale et transcendantale. Il comprend 16 items avec un choix possible de 3 réponses par item. Un score minimal de 7 sur 32 est évalué positif.
Cette expérience peut être désagréable, voire traumatisante. Parmi tous les témoignages, 73% des personnes avouent que c’était désagréable. Ce chiffre est toutefois à relativiser, car il est bien différent parmi les personnes ayant obtenu un score de 7 ou plus sur l’échelle de Greyson : 53 % des personnes ont trouvé l’expérience agréable et seulement 14% l’ont trouvée déplaisante.
Plusieurs chercheurs ont pu trouver une corrélation entre les EMI et le sommeil paradoxal (mouvement rapide des yeux). Lors du sommeil paradoxal, le cerveau est aussi actif que lorsqu’une personne est éveillée. Ainsi, durant ce cycle de sommeil, les rêves sont plus vifs, et la plupart des gens éprouvent un état de paralysie temporaire. Lorsque ce sommeil empiète sur l’éveil, certaines personnes signalent des hallucinations visuelles et auditives, et d’autres symptômes comme la paralysie du sommeil, où elles se sentent conscientes, mais ne peuvent bouger. Les données recueillies montrent que l’intrusion du sommeil paradoxal dans l’état d’éveil est plus fréquente chez les personnes ayant obtenu un score de 7 ou plus sur l’échelle de Greyson. Le doute n’est plus permis, et même si de nombreux voiles n’ont pas encore été levés sur cette expérience, soyez sûrs que nous en saurons davantage avec les années, surtout grâce aux consciences qui s’éveillent et qui feront s’adapter la science.